RÉALISATION:Tim Burton
SCÉNARIO: John Logan et Stephen Sondhein
AVEC: Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall et Sacha Baron Cohen
Sweeney Todd est adapté de la comédie musicale du même nom. Joué pour la première fois le premier mars 1979 à Broadway, la distribution contenait entre autre Angela Lansbury ( la dame de « Elle écrit au Meurtre » ) dans le rôle de Mrs. Lovett. Après être tombé en amour avec la pièce alors qu’il était aux études, Tim Burton à toujours rêvé de l’adapter au cinéma. C’est ainsi qu’après avoir été attaché au projet pendant plusieurs années, il réussit enfin à le mettre en branle avec Johnny Depp, avec qui se sera sa sixième collaboration.
Apres avoir été injustement condamné à la prison par un juge malhonnête, Sweeney Todd revient à Londres pour se venger. Il fera ainsi la connaissance de Mrs.Lovett, la tenancière d’un restaurant de tartes à la viande. Cette dernière et Todd uniront leurs forces afin qu'il puisse tuer le juge et récupérer sa fille unique, qui a été adoptée par celui qui l’a condamné à croupir quinze ans en prison. Pour se faire, Todd rouvrira son salon de barbier afin de tuer tous ceux qui le gène. Mrs. Lovett, elle, devra se débarrasser des cadavres en se servant de la viande pour faire ses fameuses tartes.
Malgré ses deux entrées en matière de comédies musicales animées ( Nightmare Before Christmas et Corpse Bride ), il est étonnant de constater que Tim Burton ne réussit pas à maîtriser ce genre avec Sweeney Todd. Alors que la prestation théâtrale a réussit à rafler de nombreux prix avec ses chansons et ses interprétations, Burton a de la difficulté à rythmer le tout. Alors qu’une prestation musicale devrait être le meilleur d’un film de ce genre et les scènes de dialogues n’être là que pour servir de « contre crescendo », c’est tout le contraire ici. Les chansons, très entraînantes et morbides à souhait, sont mal intégrées et chorégraphiées. Trop souvent durant une chanson, la caméra ne bouge pas assez et transforme la prestation en un long monologue. De plus, le film est constitué surtout de chansons. Tout cela transforme donc chaque numéro musical en pénible attente pour la suite des événements.
Heureusement, même s'il est très glauque et macabre, le film contient juste assez d’humour noir. Celle-ci est principalement attribuée à Mrs. Lovett qui, malgré l’horreur de ce qu’elle fait, trouve la logique de ses actes tout à fait normale. D’ailleurs, elle chantera une chanson extrêmement rigolote où elle s’imagine une future vie avec Sweeney alors qu’ils se marient, achètent une petite maison et font des soupers entre amis. Cette scène est, d’après moi, non seulement la meilleure, mais aussi celle qui contient la chanson la plus fantastique du film. Alors que le long métrage est teinté de couleurs sombres, cette scène est remplie de couleurs vives et d’humour bon enfant. Ce qui nous fait constater que le film aurait peut-être été meilleur s’il avait été pris à la légère par Burton au lieu de le rendre dur et sombre. Ainsi, chaque moment d’humour noir ajoute une oasis de magie Burtonienne dans le désert des longueurs produites par les chansons.
En fait, étonnamment, ce qui rend le film moins bon qu’il n’aurait dû l'être est le manque de magie de Tim Burton. Alors que d’habitude, ses films sont démesurés ou de véritables jouissances visuelles, avec Sweeney Todd Burton semble avoir mis beaucoup trop d’eau dans son vin. Même si on reconnaît son style, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il se retient beaucoup trop, sauf dans la chanson mentionnée plus haut et durant les scènes de meurtres. C’est alors que l’hémoglobine coule à flot dans de grands jets de rouge écarlate ( qui fait penser à du Dario Argento ), que les corps s’accumulent et que Burton utilise un peu de sa vision unique pour transformer des meurtres d’une grande violence en espèce de ballets.
Même si Johnny Depp et Helena Bonham Carter ont dû travailler fort pour apprendre à chanter, ce sont les interprétations de Timothy Spall et de Sacha Baron Cohen qui sont remarquables. Le premier joue un « fendant » pompeux et sadique avec une arrogance et une retenue incroyable. Baron Cohen, lui, interprète un barbier italien que Todd confrontera pour refaire sa gloire de jadis. Avec son sens de la réplique et du rythme qui lui est unique, Baron Cohen crève carrément l’écran par sa présence et l’humour qu’il apporte. Dommage qu’il ne soit pas plus présent dans le film, il aurait pu contrebalancer le tout.
Si Tim Burton veut recommencer à réaliser des comédies musicales, il devrait se contenter de ses créations. Ainsi, il se sentira peut-être moins obligé de rendre justice à l’œuvre d’un autre en se censurant artistiquement et en espaçant mieux les chansons afin que l’on ait plus l’impression de regarder un film que d’écouter un album.