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SINGAPORE SLING1990
RÉALISATION: Nikos Nikolaidis Par une chaude et humide nuit d’été, une puissante fièvre vous cloue au lit. C’est à ce moment peu opportun que votre douce moitié vous annonce qu’elle vous quitte pour refaire sa vie ailleurs. Au bord de la détresse, vous décidez de boire d’un seul trait la moitié d’un 40 oz de whisky. Après quelques minutes, vous tombez à la renverse et commencez à faire un rêve étrange. Vous êtes désormais dans un état d’esprit similaire à celui du personnage principal de Singapore Sling : coincé entre réalité, fantasmes et incompréhension. Un détective est à la recherche de Laura, l’amour de sa vie qui est disparu depuis 3 ans. Il se rend à une villa isolée en ayant la certitude que Laura s’y trouvera. L’homme est pratiquement inconscient, car gravement blessé et en état d’ivresse avancé. Arrivé sur les lieux, il se fait accueillir par deux femmes, une mère et sa fille toutes deux mentalement instables. Elles le surnommeront Singapore Sling. Ce que subira l’homme dans cette demeure aura de quoi le traumatiser à jamais. Totalement impuissant, il devra participer aux jeux pervers orchestrés par les deux femmes. Parviendra-t-il à trouver Laura comme prévu et surtout, sortira-t-il de l’épreuve encore vivant ? Singapore Sling, film grec relativement obscur, s’avère particulièrement difficile à classer. C’est que le film emprunte les codes de plusieurs genres tout en refusant d’adhérer strictement à l’un d’eux. Chose certaine, il s’agit d’un film marginal, autant par son contenu que par sa forme. On reconnaît tôt l’influence du film noir dans la photographie en noir et blanc favorisant la présence d’ombres dures ainsi que dans la voix off au ton fataliste du protagoniste. Par ailleurs, les décors à l’allure gothique et les cadrages peuvent aussi rappeler le cinéma de Mario Bava. Malgré qu’il soit chargé d’un contenu sexuel explicite, Singapore Sling s’éloigne tout de même du cinéma trash ou du film porno soft traditionnel. Le film nous présente une panoplie de fétichismes et de pratiques sexuelles étranges, mais un tel soin est apporté à la mise en scène que jamais ceux-ci ne paraissent superflus. Plutôt, on se voit véritablement transporté dans l’univers à la fois douloureux et sublime duquel le protagoniste est prisonnier. La musique, souvent du jazz aux sonorités langoureuses, renforce l’aspect nostalgique des images. Singapore Sling est une œuvre singulièrement érotique et poétique. Le film stimule continuellement les sens et la libido du spectateur sans toutefois négliger de l’atteindre émotionnellement. Le résultat est particulièrement déstabilisant. Le scénario de Singapore Sling tend à provoquer une certaine perte d’équilibre chez le spectateur. La narration de Singapore Sling en voix off nous permet de savoir en partie ce qui l’a mené jusqu’aux deux femmes, mais une ambiguïté demeure à savoir si le personnage n’omet pas volontairement certains détails à son histoire. Le fait que les deux femmes s’engagent constamment dans des monologues seules face à la caméra pour raconter les prochains événements brouille également les pistes. Enfin, les nombreuses récurrences de situations au fil du temps ont pour effet de faire évoluer le récit dans une temporalité diffuse. Il ne faudrait cependant pas croire que la structure décousue de Singapore Sling nous empêche de profiter pleinement du périple. Au contraire, elle nous place dans une position de vulnérabilité qui va de pair avec celle du protagoniste. On s’approche dangereusement du délire. Une des grandes forces de Singapore Sling se trouve dans le portrait de ses deux personnages féminins. Alors que Nikolaidis aurait pu tomber dans plusieurs pièges étant donné la nature excessive de leurs mœurs, il réussit pratiquement l’impossible en leur donnant une réelle profondeur. La relation entre les deux femmes et leurs comportements sont fascinants à observer. Il y a la mère séductrice et autoritaire qui s’adresse à la caméra en français, mais qui parle aux autres personnages en anglais (essayez de comprendre…). Il y a aussi sa fille lubrique qui a une gestuelle et des tics nerveux des plus surprenants. On aura rarement vu des vilaines de ce type. Charmantes, attachantes, attirantes, tout en étant effrayantes et répugnantes. Voilà à quel point ces femmes ont une personnalité tordue. On vous épargnera maintenant les détails concernant leur rapport à la nourriture et à la sexualité… L’excellente performance des deux actrices mérite nécessairement d’être soulignée. Meredyth Herold en particulier, est à couper le souffle dans le rôle de la jeune fille. Singapore Sling est à découvrir d’urgence par tout amateur d’œuvres atypiques. Un film qui accepte d’explorer sans retenue plusieurs tabous et qui ose s’aventurer loin en territoire surréaliste. Un cocktail exceptionnel qui libère le corps et l’esprit.
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