A SERBIAN FILM

2010

RÉALISATION: Srdjan Spasojevic
SCÉNARIO: Aleksandar Radivojevic et Srdjan Spasojevic
AVEC: Srdjan Todorovic, Sergej Trifunovic, Jelena Gavrilovic, Katarina Zutic et Slobodan Bestic

C’était un vendredi soir que j’anticipais depuis quelques temps. L’annonce de la représentation à guichets fermés ne m’a pas étonnée vu la frénésie entourant celle-ci, mais je me suis quand même un peu inquiété. Après tout, l’un de mes collègues d’Horreur-Web s’était fait refuser l’accès à une projection complète quelques jours plus tôt.

C’était un vendredi soir de projection comme les autres à Fantasia. On y distinguait beaucoup de t-shirts noirs et de sourires, quoi qu’un nombre inhabituellement élevé de spectateurs ornait la rue d’un coin à l’autre. J’ai du dépasser une trentaine de festivaliers "VIP" avant de me faufiler tout prêt des portes principales du Theatre Hall. Dans la file d’attente, un homme âgé d’une cinquantaine d’années, accoutré comme un comptable, me dévisage. Il a envie de me poser une question. Bien que je ne connaîtrai jamais quelle était cette question, j’ai tout de suite su que cet homme allait quitter la salle avant la fin.

C’était un vendredi soir à Fantasia dont je me souviendrai longtemps, puisque les organisateurs ont tenu leur promesse en diffusant le film le plus malsain que j’ai vu à ce festival.

L’histoire de A Serbian Film est fort simple : Milos est un acteur porno Serbe à la retraite qui accepte un contrat beaucoup trop beau pour être vrai. Il se retrouve contraint de tourner du matériel qui va à l’encontre de ses principes - avant d’être forcé de tourner du matériel qui va à l’encontre de toutes éthiques.

Généralement, ce genre de prémisse débouche sur une déception. Je m’imagine le coup de marketing habituel, avec une bande-annonce choc qui contient la totalité des faibles "chocs" du récit. Je m’avance en spéculant sur les qualités techniques que n’aura pas ce film et bla, bla, bla… Mais je sais m’incliner quand un film me prouve le contraire.

Veuillez excuser ma prudence face à l’élaboration du contenu mais je ne voudrais en aucun cas gâcher quelque punch que ce soit. Je peux cependant mentionner sans crainte que le film se déroule en deux parties distinctes : Avant que Milos décide de canceller son contrat et après qu’il ait manifesté l’envie de le faire. La première partie démarre relativement en douceur avec l’introduction au protagoniste, sa famille et sa carrière. J’ai été surpris par les fréquentes pointes d’humour venant alléger le ton brutalement sexuel qui s’établi d’amblée (mais ce n’était que le début). Plus Milos doute de ce qu’il fait, plus le paysage s’assombrit. C’est alors qu’il prend la décision de résigner son engagement.

Quand il se réveille trois jours plus tard, complètement abasourdi et souillé de sang, il entreprend de reconstituer ce qui s’est passé. À travers le contenu de casettes préalablement subtilisées au producteur/réalisateur véreux qui le tient en otage, le père de famille se souvient qu’il a été témoin des pires atrocités que l’humain puisse imaginer – et qu’il en est l’acteur principal.

Comme la majorité des curieux, je m’attendais à ce que A Serbian Film frappe fort. Je ne savais cependant pas jusqu’où le jeune réalisateur Srdjan Spasojevic allait pousser l’horreur graphique de son premier long-métrage. Après visionnement, je peux vous assurer que ça va loin. Très loin. J’irais même jusqu’à affirmer que certaines scènes dépassent les limites connus de ce qui est politiquement acceptable au cinéma.

Il existe un parallèle certain entre ce film et le passé violent (pas si lointain) de la république de Serbie. Vu mes connaissances pratiquement inexistantes du sujet par contre (et comme je m’intéresse d’avantage au film lui-même qu’au contexte politique dans lequel il a été tourné), je ne m’y aventurerai guère. (Rien ne vous empêche de taper Serbie sur google pour assouvir votre curiosité, si tel est le cas.)

Parmi les points techniquement percutants, j’ai grandement été surpris des valeurs de production très supérieures à ce que je m’attendais d’un film Serbe ultra violent. Bien qu’il ait entièrement été tourné en numérique (à l’aide de la révolutionnaire caméra RED), on jurerait regarder du 35mm. Et que dire des décors et effets spéciaux, sinon qu’ils n’ont rien à envier à bien des productions hollywoodiennes. On en déduit aisément que beaucoup d’argent a été investi dans cette débauche artistique.

Plus de 24 heures après avoir subi A Serbian Film, j’y pense toujours. Je me demande s’il s’agit véritablement d’un bon film ou si c’est simplement choquant. Dans les deux cas, j’en sors gagnant, puisque c’est le genre de questionnements que je recherche d’un film. Les avènements cinématographiques de l’envergure de A Serbian Film ne surviennent que beaucoup trop rarement pour que je le déconseille aux adeptes d’horreur. Nul besoin d’évoquer d’avantage d’avertissements face au contenu de ce film - Vous savez déjà que vous avez envie de le voir.

  • Robert Parent

  • • Srpski film (titre original/Serbie)

     

    • 8mm (1999)
    Maskhead (2009)

     

     
     


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