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LES SEPT JOURS DU TALION
2010
RÉALISATION: Daniel Grou
SCÉNARIO: Patrick Sénécal
AVEC: Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil, Fanny Mallette et Pascale Delhaes
Au cours des dernières années, l'auteur Patrick Sénécal s'est affirmé comme étant un peu le Stephen King du Québec, livrant un nombre impressionnant de romans à saveur horrifique. Ses oeuvres donnent aussi la chance au Québec de s'affirmer, certes timidement, dans le domaine du cinéma d'horreur. Des quatre films d'horreur québécois d'envergure tournés dans la dernière décennie, trois sont des adaptations de romans de l'auteur. Le petit nouveau, Les Sept Jours Du Talion n'est pas le meilleur, mais sera certainement celui qui fera couler le plus d'encre.
Épuisé après avoir passé la nuit au travail, le Docteur Bruno Hamel rentre à la maison pour se reposer. Sa fille de neuf ans, Jasmine, aimerait bien que son père l'accompagne pour aller porter des invitations à ses amis pour son anniversaire, mais Bruno lui propose plutôt d'y aller seule. C'est la dernière fois qu'il verra sa fille en vie. La jeune fille se fait sauvagement violer et tuer par Anthony Lemaire, un pédophile avec des antécédents. Ne se croyant pas capable de surmonter son chagrin, mais surtout affligé d'un lourd regret, Bruno kidnappe le meurtrier de sa fille. Pendant sept jours, il inflige les pires sévices au ravisseur de sa fille, recherchant une certaine paix intérieure dans le procédé.
Les Sept Jours Du Talion n'est pas un film agréable à regarder et jamais il ne tente de l'être. Visuellement déprimant et dépourvu de trame musicale, le film de Daniel Grou (connu au Québec sous le pseudonyme Podz) est un drame psychologique qui emprunte à deux mains au cinéma d'horreur sans toutefois y adhérer complètement. Malgré un penchant pour les scènes de torture explicites et une structure qui rappelle le populaire sous-genre du "rape and revenge" (popularisé par The Last House On The Left dans les années 70), Les Sept Jours Du Talion est plus intéressé à approfondire le comportement humain face au deuil et à l'injustice tout en se permettant quelques flèches envers le système judiciaire.
S'il faut saluer l'audace démontrée par toute l'équipe derrière Les Sept Jours Du Talion -ce n'est pas tous les jours qu'une oeuvre aussi sombre est produite au Québec- cela n'empêche pas l'oeuvre de décevoir. Beaucoup trop brutal pour plaire au public général et manquant un petit je-ne-sais-quoi pour réellement s'infiltrer dans les cauchemars des cinéphiles habitués à un cinéma plus subversif, Les Sept Jours Du Talion tombe entre deux sièges. Il ne fait pas de doute que le film aura ses supporteurs, c'est quand même une oeuvre qui a un grand mérite artistique en plus d'avoir plusieurs qualités notables. Mais à une époque dominée par les films étiquetés "torture porn", Les 7 Jours Du Talion manque de carburant en fin de parcours pour se démarqué, aussi intelligent soit son propos.
Les Sept Jours Du Talion a beau démontrer les pires atrocités, son approche froide finie par faire fuir toutes émotions qu'il désire transmettre. Ce n'est pas un mauvais film, loin de là, mais puisqu'il n'est pas nécessairement agréable à regarder et jamais assez intense et dérangé pour réellement laisser le spectateur sur le cul, il est permis de se demander ce que nous serions supposé retirer du visionnement. Bien entendu, un questionnement moral et éthique se dégage du scénario que Sénécal a adapté lui-même. Si celui-ci est judicieux et beaucoup mieux maîtrisé que par les autres oeuvres ayant tenté le coup, il ne dépasse jamais les grandes lignes et ne procure aucun questionnement supplémentaire de la part du spectateur. Le fait de se rendre justice lui-même n'apporte rien à Bruno si ce n'est que mettre un couteau dans sa plaie psychologique. Il aurait été plus intéressant que le film pousse un peu plus loin l'analyse qui apparaît évidente dès le départ. La tentative d'une finale noire et déprimante est à saluer, mais est trop boiteuse.
Le scénario dégage une certaine apathie qui rend difficile de croire en la douleur du personnage de Claude Legault. Bien que ce dernier offre une excellente performance, le scénario ne lui donne pas toutes les armes dont il a besoin pour s'attirer la sympathie du spectateur en début de parcours. C'est là où repose le problème du film. Son personnage ne nous apparaît pas assez sympathique ou antipathique pour qu'on puisse se ranger dans un camp. Ainsi, lorsque son personnage franchit une barrière dans sa quête pour sombrer dans une certaine démence, le sentiment ressenti par le spectateur reste le même qu'en début de parcours. Il est clair que l'oeuvre tente d'interpeller le spectateur sur la décision prise par le personnage. Qu'auriez-vous fait à sa place?? La réponse paraîtra évidente pour plusieurs, mais de voir Bruno sombrer dans la démence ne vient aucunement peser dans la balance du pour et du contre.
En terme de développement de personnages, les scènes qui auraient pu ajouter une profondeur additionnelle, sont peu exploités. Je pense entre autres à la relation entre Bruno et sa femme, surtout leur perception l'un envers l'autre des responsabilités qu'ils ont envers la mort de leur fille. Un des meilleurs moments est sans contredit celui où les deux s'accusent mutuellement au téléphone d'être responsable de la mort de leur fille. Ironiquement, cette scène est plus percutante que n'importe quelle scène de torture. Dommage qu'elle soit la seule en son genre. Le personnage de la mère d'une ancienne victime d'Anthony Lemaire est aussi introduit tard dans le film et n'apporte pas grand-chose à l'histoire. C'est la même chose avec le personnage du détective joué par Rémy Girard. Celui-ci se sent interpellé par les agissements de Bruno, car son épouse s'est fait assassiner par un bandit et qu'il s'apitoie sur son sort depuis que le coupable est en prison. Le lien entre les deux hommes sert évidemment à montrer les deux côtés de la médaille, mais apparaît trop souvent mielleux.
D'un point de vue technique, il faut donner crédit au réalisateur. La majorité des plans comporte un élément qui le distingue du précédent et rares sont les scènes qui ne comportent pas une approche hautement artistique sans jamais forcer la note. Grou (qui a réalisé des épisodes de C.A., Minuit Le Soir et Les Bougons) est un cinéaste qui ne laisse rien au hasard. Sa minutie est son plus bel atout. Les Sept Jours Du Talion se démarque des autres films québécois et ça, ce n'est pas négligeable. En même temps, cette réalisation est peut-être ce qui empêche le film d'être émotivement plus percutant, mais il est difficile de s'en plaindre à la vue de tant de prouesses techniques. Il sera intéressant de suivre le parcours de ce jeune cinéaste. Un autre point fort du film est la performance de Claude Legault. Même si l'acteur a démontré au cours de sa carrière à quel point il était polyvalent, sa performance est surprenante et très sombre.
Les Sept Jours Du Talion a beau avoir bien des qualités techniques et une distribution étonnante, au final il n'a pas réussi à m'accrocher émotivement. Pour un film de sa trempe, c'est le défaut qu'il aurait fallu à tout prix éviter.



• 7 Days (version anglaise)


• 5150 Rue Des Ormes (2009)
• The Last House On The Left (2009)
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