Critique – Dust Devil (1992)

DUST DEVIL

1992

RÉALISATION: Richard Stanley
SCÉNARIO: Richard Stanley
AVEC: Robert John Burke, Chelsae Field, Zakes Mokae, Terri Norton et John Matshikiza

Sorti en 1992 dans une version charcutée par les studios, Dust Devila été contraint d’amasser la poussière dans les rares clubs vidéos qui ont bien voulu le tenir en location. Subversive Cinema sort finalement ce rejet du cinéma d’horreur dans un DVD quintuple comprenant le film dans son intégralité. Les cinéphiles peuvent enfin voir la vision originale de Richard Stanley (Hardware).

Dans le désert africain, un mystérieux tueur s’en prend à la population sans raison. Une légende folklorique porte à croire que le tueur en série est le « dust devil », un démon voleur d’âmes qui peut prendre la forme de n’importe quel être humain. Après avoir quittée son mari, Wendy part en voiture sans avoir de destination précise. En route, elle embarque un auto-stoppeur sans se douter qu’il s’agit du fameux démon. En Wendy, le dust devil aura finalement trouvé une victime plus farouche qu’à l’habitude.

Il est assez facile de constater pourquoi le studio (en l’occurrence Miramax) n’a pas su quoi faire avec un film aussi complexe que Dust Devil. Ce « road movie », qui puise autant dans le western que dans l’horreur, n’est pas un film facile et demande une écoute attentive de la part du spectateur. Bien qu’à la base le film traite d’un démon qui commet des meurtres, Stanley est beaucoup plus intéressé par la quête spirituelle de ses trois personnages principaux, à savoir le démon, sa proie et l’homme de loi. Mis à part une explosion de tête qui rendrait jaloux Tom Savini, l’horreur du film est très subtil et plaira aux amateurs de films d’horreur psychologique.

Grandement inspiré par Dario Argento (le cinéaste s’offre même un clin d’oeil à The Bird With The Crystal Plumage), Stanley préconise énormément l’aspect visuel de son film. Avec son look recherché, ses éclairages colorés et ses décors naturels épatants, Dust Devil se dévore littéralement des yeux! Stanley met en application le style d’Argento en plein désert, ce qui donne un résultat plutôt surprenant. La composition de ses plans est aussi soigneusement choisie. Le soucis du détail est de mise et aucun plan n’est utilisé au hasard. Les scènes de rêves sont empreintes d’une atmosphère onirique bizarre qui trace une mince ligne entre le réel et le monde d’Orphée. De plus, Stanley a choisi Simon Boswell, un collaborateur occasionnel de Dario Argento, pour composer la musique.

Le « dust devil », démon emblématique du film, prend la forme humaine de l’acteur Robert John Burke (Thinner). Le personnage fait penser à un Freddy Krueger plus raffiné et subtil. Celui-ci joue avec les perceptions et le subconscient de ses victimes. Ses façons de tuer sont barbares et il ne laisse aucune chance à ses victimes. Malgré la grande efficacité de sa technique, le film ne lui permet pas de se bâtir une réputation à sa juste valeur. La mythologie entourant le personnage est tellement riche qu’elle ne peut pas être entièrement absorbée dans un long-métrage de 100 minutes. Le personnage a aussi de nombreuses capacités surnaturelles qui sont reléguées au second plan.

Là n’est pas le seul défaut du film. Malgré ses nombreuses qualités, Dust Devil ressort comme une oeuvre brouillonne et inachevée. Ce n’est pas le manque de matériel ou le montage qui est en cause, mais plutôt l’ampleur de la vision que Stanley a voulu transmettre à l’écran. Outre l’aspect horrifique, Stanley a voulu transmettre la douleur d’un peuple à une époque bien précise. Dust Devil dresse un portrait réaliste d’un peuple constamment aux aguets d’une menace invisible. Les allégories fusent de toute part, mais d’incorporer la détresse d’un pays sous-développé dans un film d’horreur de 100 minutes, c’est un peu exagéré. Avec un tel lapse de temps, Stanley est contraint d’abandonner certains éléments qui nuisent à la compréhension du récit et du message qu’il tente de transmettre.

Malgré tout, le brouillon d’une grande oeuvre se consomme beaucoup mieux qu’un produit fini raté! Richard Stanley peut garder la tête haute! Dust Devil démontre qu’il est un réalisateur au-dessus de la norme. Dommage que l’échec de ce film ait nuit au reste de sa carrière.

-Dany Champagne

note3

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Lorsqu'il ne s'occupe pas de ses trois petits monstres à la maison, Dany Champagne traite d'une autre forme de monstre sur Horreur-web.com, le site qu'il a créé en 2003. Il a une prédilection pour les slashers des années 80 et les films gothiques du studio Hammer.

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