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THE LOVELY BONES
2009
RÉALISATION: Peter Jackson
SCÉNARIO: Peter Jackson, Fran Walsh et Philippa Boyens
AVEC: Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz, Stanley Tucci et Susan Sarandon
Après l'aventure Lord Of The Rings et le méga remake de King Kong, le cinéaste Peter Jackson revient à un style de cinéma plus intimiste, bien que bénéficiant d'un budget de 100M $. Plus près de Heavenly Creatures que ses grosses productions récentes, cette adaptation d'un roman d'Alice Sebold n'a pas tardé à diviser la critique et le public, ce qui n'est pas surprenant à la vue du produit final.
Susie Salmon a quatorze ans et dans quelques jours elle sera assassinée. Alors qu'elle vit une adolescence paisible auprès d'une famille heureuse, Susie se fait manipuler par un voisin qui la tue froidement. Une fois morte, Susie se retrouve dans l'entre-Monde, un endroit paisible, calme, un endroit rêvé. De là, elle peut observer sa famille, qui récupère difficilement de sa perte. Elle peut aussi observer son meurtrier, qui ayant échappé aux soupçons des policiers, devient de plus en plus confortable avec son crime. Avant de passer au Paradis, Susie veut s'assurer que sa famille va bien et que son meurtrier paiera pour son crime.
La première partie du film nous présente Susie à travers sa jeunesse. En quelques minutes, le scénario que Jackson a écrit avec ses collaborateurs habituels, Fran Walsh et Philippa Boyens, réussit à nous présenter une petite famille charmante, mais surtout une Susie qu'il est difficile de ne pas adorer. La jeune fille est adorable, mignonne et drôle. Elle veut devenir photographe et réussit à sauver la vie de son jeune frère en le transportant à l'hôpital avec la voiture de son père. Puisqu'il est clair qu'elle va se faire assassiner -elle nous l'indique en voix off- la première partie est déchirante. Autant on ne veut pas s'attacher à un personnage damné, autant il est impossible de ne pas succomber à son charme et son environnement idyllique. De plus, la jeune fille s'apprête à vivre son premier rendez-vous avec un garçon! Mignon comme tout! On se doute bien que le rendez-vous n'aura pas lieu. L'inévitable arrive. Susie est froidement assassinée. Sa famille est détruite psychologiquement.
Ceux qui croyaient à un retour de Peter Jackson au cinéma d'horreur, détrompez-vous. Malgré sa prémisse et qu'il contienne plusieurs éléments relatifs au cinéma d'épouvante, The Lovely Bones n'est pas un film d'horreur. De plus, il ne suit pas la trame narrative suggérée par sa bande-annonce, comme quoi Susie revient des morts pour aider sa famille à trouver l'identité de son assassin. Et c'est là le gros défaut de The Lovely Bones. Non pas que ce ne soit pas un film d'horreur (ça, c'est le défaut de tous les films qui appartiennent à un autre genre, en fait), mais que sa trame narrative n'est jamais définie. The Lovely Bones est un amalgame de genres et d'intrigues qui ne sont jamais réellement menés au bout de leur potentiel. À plusieurs moments dans le film, nous suivons une intrigue pour nous faire tirer le tapis de sous les pieds. Pendant un moment on suit l'enquête policière qui ne mène à rien. Ensuite il y a les aventures de Susie dans L'entre-Monde qui ne mènent à rien. L'enquête menée par le père de Susie ne mène à rien non plus. Puis la grand-mère (jouée par Susan Sarandon) sert de "comic relief" pendant un bon moment, venant ainsi briser toute implication du spectateur dans l'histoire. Il y a aussi une adolescente qui sent la présence des morts, mais jamais elle n'apporte quelque chose de concret au film.
À force de s'impliquer dans des trames narratives qui s'effritent au bout de quelques minutes, il devient difficile de maintenir un lien émotif avec les personnages. Surtout que la vraie raison d'être du film n'est révélée que dans les derniers moments et est mielleuse et beaucoup trop à l'eau de rose. Les personnages, si bien construits en début de parcours, deviennent de moins en moins intéressants au fur et à mesure que le film progresse et on finit par se lasser de leur tourmente.
L'entre-Monde où repose Susie est effectivement magnifique. Jackson s'en est donné à coeur joie au niveau des effets spéciaux, mais parfois trop, c'est comme pas assez! Bien que les effets soient parfaits, il y en a tellement, qu'on croirait regarder le porte-folio de la compagnie WETA, désireuse d'obtenir d'autres contrats! Budgété à 100M $, The Lovely Bones aurait certainement bénéficié d'un budget réduit considérablement, question de concentrer les efforts sur le contenu dramatique et non le visuel.
Ironiquement, c'est lorsqu'il adopte son étiquette de cinéma d'horreur que The Lovely Bones est le plus efficace, quoique je suis peut-être biaisé sur cet aspect. Les scènes suivant le décès de Susie sont à couper le souffle. Celle-ci, pas encore consciente de ce qui lui arrive, se sauve des lieux du crime pour se rendre compte qu'elle déambule dans une ville complètement sombre et déserte. L'effet, qui donne la chair de poule, n'est pas sans rappeler l'atmosphère de certains films de Mario Bava, plus précisément Kill, Baby Kill et Lisa And The Devil. Le moment où Susie se rend compte qu'elle est décédée, est quant à lui mémorable. Cette touche horrifique nous rappelle à quel point Jackson est à l'aise avec le genre et combien il serait apprécié qu'il y revienne faire son tour de temps en temps! Le scénario laisse certes présager une telle possibilité par la suite, surtout lorsque le quotidien du tueur (joué avec brio par Stanley Tucci) nous est présenté, mais comme c'est le cas avec les nombreuses intrigues et sous-genres exploités, ça ne mène nulle part.
Avec une excellente première heure, de bonnes performances d'acteurs, une réalisation plus qu'adéquate, un visuel éclatant et une trame sonore touchante (gracieuseté de Brian Eno), The Lovely Bones est le genre de film qu'on voudrait tellement aimer, mais qu'on fini par se lasser. S'il est vrai que l'oeuvre de Jackson n'est pas sans mérite et qu'elle nous fait passer par une bonne gamme de sentiments, au final on ressort écoeuré par le ton mielleux d'une oeuvre sans réelle colonne vertébrale.



• La Nostalgie De L'Ange (version française/Québec)


• Heavenly Creatures (1994)
• I Know Who Killed Me (2007)
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