Don’t be Afraid of the Dark

DON’T BE AFRAID OF THE DARK

2010

RÉALISATION: Troy Nixey
SCÉNARIO: Guillermo del Toro & Matthew Robbins
AVEC: Bailee Madison, Katie Holmes, Guy Pearce, Jack Thompson et Edwina Ritchard

Faire un remake supérieur au Don’t be Afraid of the Dark original, celui de 1973, c’est comme provoquer une octogénaire pour un combat de catch dans la boue. En effet, l’histoire à la base de ce « classique » avait un certain intérêt mais était particulièrement mal exploitée. Aujourd’hui, nous nous croisions donc les doigts pour une réadaptation de meilleure qualité. L’histoire récente nous a prouvé que pour certains remakes, placer la barre à faible hauteur ne revient qu’à leur y emmêler les pieds (je pense ici à The Crazies parmi d’autres). Ce nouveau Don’t be Afraid of the Dark permettra-t-il enfin de donner ses lettres de noblesse à l’histoire à laquelle il rend hommage, ou au contraire prouvera t-il que celle-ci n’a définitivement rien à offrir?

Sally est une jeune fille marginale dont la mère se débarrasse carrément en l’envoyant vivre chez son père et sa nouvelle copine. Ces derniers, dont le métier est de restaurer de vieilles maisons, vivent temporairement dans une gigantesque et luxueuse demeure ayant jadis appartenue à un peintre célèbre, Lord Blackwood. D’abord hargneuse et solitaire, Sally fera une drôle de rencontre. Il semble effectivement que quelque chose vive dans une cheminée scellée et camouflée dans une pièce souterraine secrète du manoir. N’ayant que faire des avertissements pourtant judicieux de Mr. Harris, un vieux menuisier qui la met en garde de se tenir loin du sous-sol, Sally libère de petites créatures qui s’adressent à elle avec des voix enjoliveuses et semblent détester toute forme de lumière. Il s’avérera bientôt que celles-ci sont des fées démoniaques, qui en plus de se nourrir des dents de jeunes enfants condamnent des âmes perdues à devenir comme elles… Qui croira à présent l’histoire abracadabrante de Sally?

Sacré Guillermo del Toro! S’il n’est pas le réalisateur de ce film, on y sent pourtant sa signature avec une intensité incroyable! Scénariste et producteur exécutif, il a approximativement le même effet sur cette production que Spielberg en avait en son temps sur Poltergeist! C’en est à douter qu’il n’était pas carrément à la barre! En sa compagnie, nous revisiterons ainsi à nouveau l'un de ses canevas de prédilection, soit une enfance solitaire et difficile racontée sous la forme d’un contre macabre dans lequel l’univers enchanté d’un enfant s’écrase contre la muraille de la rationalité adulte. Il est d'ailleurs intéressant que ce remake, qui reprend plusieurs des éléments narratifs clés du film original, transforme sa Sally en une jeune fille. Littéralement, Don’t be Afraid of the Dark tient par moments de Pan’s Labyrinth. Le fameux réalisateur prouve encore ici qu’il est le meilleur dans ce créneau qu’il possède à la perfection, celui de l’histoire d’horreur pour jeunes. Son exploitation des peurs enfantines, de la noirceur, du monstre sous le lit que personne ne voit… Génial! À mon avis del Toro est le meilleur et le plus glauque des cinéastes fantastiques autour du globe!

La première partie du film de Troy Nixey est d’ailleurs excessivement inquiétante. Amateurs d’atmosphères gothiques, il s’agira d’un must pour vous! Pièces sombres, labyrinthes végétaux, chandeliers, maison antique et vaste… Vous y serez comme un canard dans l’eau! De leur côté, une fois libérées, les petites créatures font tout pour que la jeune Sally éteigne la lumière, au grand dam du spectateur angoissé par une approche bien gérée, et n’hésitent pas à s’attaquer violemment à ceux qui leur barre le chemin. La scène d’ouverture du film est assurément la plus crade, on comprendra aisément dès ce coup d’envoi pourquoi ce dernier a subit un traitement aussi sévère chez les censeurs américains. Pourtant, c’est une jeune fille d’environ 8 ans qui est la principale intéressée de cette histoire assez sanglante par moments! Os cassés, dents arrachées, cisailles enfoncées dans la gorge… Del Toro tentait-il de frapper la rigidité intellectuelle du spectateur adulte à-travers la petite Sally et sa douce innocence? La finale du film, par ailleurs, a ce côté injuste et cruel que l’on concède régulièrement au réalisateur de The Devil’s Backbone.

Notre Sally est interprétée par Bailee Madison, jeune actrice très convaincante et charismatique à l’allure de plus assez singulière. Un spectateur présent avec moi dans la salle a évoqué Emily the Strange, et j’ai bien rit puisqu’il avait entièrement raison. Del Toro a un don pour dénicher des premiers rôles de moins de 12 ans qui feront vibrer l’audience. Don’t be Afraid of the Dark propose aussi l’une des rares présences à l’écran de Katie Holmes depuis qu’elle a décidé de partager le quotidien de Crazy Tom. Holmes apparaît douce et charmante, c’est définitivement mon coup de cœur pour ce film. J’avais envie de la prendre dans mes bras et d’aller défendre son honneur dans une joute de chevaliers épique avec Mr. Cruise! D’ailleurs, la provocation est lancée! Quant à lui, Guy Pierce est cependant assez en deçà du niveau que certains peuvent lui connaître.

D’un autre côté, plus le long métrage se développe, plus il peine à prendre à la gorge. Une certaine indifférence pourrait même germer au courant de votre visionnement. Je dirais que le problème le plus inconciliable du film, c’est l’apparence des petits monstres. Certes plus hideux que ceux du film original, leur efficacité ne tient malheureusement la route que tant qu’ils demeurent bien cachés dans le noir. Dès que nous entrons en contact visuel avec ces peluches velues, difficile de garder son sérieux. Même del Toro a déjà mieux exploré le même type de créatures, pour ceux qui se rappellent encore de la scène de son dernier film en date (Hellboy 2) lors de laquelle une nuée de fées des dents dévorait vivantes une bonne centaine de personnes! CECI était macabre. Avec des courses poursuites sous la table de la salle à manger et de pernicieuses attaques à la corde pour faire chuter leurs ennemis, les monstres de Don’t be Afraid of the Dark finissent par éloigner le film du monde du cinéma d’horreur pour l’approcher dangereusement des portes de celui du fantastique. À un certain point, on se croirait pratiquement dans Gremlins! Même dans cette optique, cependant, la trame sonore composée par Marco Beltrami (Scream) est réellement charmante.

En fait, Don’t be Afraid of the Dark est de par son approche un film d’horreur principalement destiné à un public de dix ans et moins. Le problème, c’est que contrairement à Super 8 au début de l'été, son exploitation en salles ne s’adresse pas du tout à eux! J’ai bien peur que ce projet n’ait aucunement la possibilité de trouver son public. La manière dont ce film d’horreur est construit peine réellement à marquer des gens comme moi et probablement vous, qui ont regardé un certain nombre de productions horrifiques avant celle-ci. C’est un bon film pour initier au genre, sans plus. Peut-être que si Guillermo s’était attelé lui-même à la tâche (au lieu de lancer à tous vents des informations sur ses 34 autres projets en chantier), le résultat final aurait été plus satisfaisant et universel. En attendant, on espère presque que vos enfants tomberont par mégarde sur ce film et s’en retrouveront traumatisés! Ce sont bien les seuls qui pourraient l’être. Et qui voudrait refuser une expérience aussi agréable à un jeune que les doux frissons que lui procurera son premier film d’horreur? Sans rien cautionner, je le leur souhaite.

(Comme ça, dans 40 ans, un petit arrogant qui n’en a que 19 reverra ce film et dira dans sa critique : WHAT THE FUCK? Qui est le fou qui m’a recommandé ça comme un classique de sa jeunesse?)

  • Marc-Antoine Labonté

  • • N’aie pas peur du noir (version française/Québec)

     

    Don’t be Afraid of the Dark (1973)

     

    Pan’s Labyrinth (2006)
    Darkness (2004)

     

     
     


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