CLOVERFIELD

2008

RÉALISATION: Matt Reeves
SCÉNARIO: Drew Goddard
AVEC: Michael Stahl-David, Odette Yustman, Jessica Lucas, T.J. Miller et Mike Vogel

Lorsqu'une bande-annonce sans nom montrant la destruction de New York a été projetée dans les cinémas au début de l'année 2007, les théories les plus folles sont apparues! Les forums de discussions ont été envahis par les cinéphiles curieux d'en apprendre plus sur ce film. Quelle est l'histoire, y a-t-il un monstre, et surtout, à quoi ressemble-t-il, ne sont que quelques-unes des interrogations perpétrées par la mystérieuse bande-annonce. Le plus incroyable, c'est que l'engoûement n'a jamais cessé! Le producteur J.J. Abrams (Alias, Lost) peut se vanter d'avoir accouché d'une des campagnes publicitaires les plus réussies venant d'Hollywood! Mais qu'en est-il du film? Et de quoi a l'air le foutu monstre!!!

Comme le suggérait la bande-annonce, Cloverfield est un espèce de Godzilla apprêté à la façon du Blair Witch Project, le tout baignant dans une atmosphère post-11 septembre assez déstabilisante. Devant quitter pour le Japon pour une période indéterminée, Rob en profite pour fêter avec ses amis pour une dernière fois. Son meilleur copain, Hud, est chargé de filmer la soirée, question d'offrir un souvenir à Rob. En plein milieu des festivités, Manhattan est pris d'assaut par ce qui semble être une créature géante. Plusieurs bâtiments explosent et s'écroulent, les citoyens courent dans tous les sens, la panique s'installe. Conscient qu'il est au coeur d'un événement historique, Hud se donne comme mission de documenter les événements tragiques, mais surtout la quête de son ami Rob, entêté de se rendre sauver celle qu'il aime.

C'est avec originalité que le réalisateur Matt Reeves (Future Shock) réussit à revigorer le film de monstres géants, sous-genre sévèrement mal en point depuis la sortie du piètre remake de Godzilla il y a de cela déjà dix ans. Tout en rendant hommage au "kaiju" (terme officiel pour les films japonais comme Godzilla et Gamera), qui a connu son heure de gloire par le passé, Cloverfield est bien ancré dans notre réalité. Sans jamais sombrer dans le sociopolitique lourd, Cloverfield est certainement le film post-11 septembre le plus percutant sorti depuis ces tristes événements. Il faut voir les citoyens s'enfuir dans la cohue d'un nuage de poussière créé par l'affaissement d'un bâtiment pour être transporter au coeur des attentats du 11 septembre 2001. Sans même son monstre qui deviendra certainement mythique, le film réussit à effrayer par son réalisme percutant et son intensité contagieuse.

Bien plus qu'une gimmick facile, la décision de présenter l'histoire du point de vue de la caméra d'un protagoniste (comme l'ont fait The Blair Witch Project et Cannibal Holocaust pour ne nommer que ceux-là) ne pourrait être plus d'actualité. Si, par le passé, l'entêtement des personnages de tout filmer pouvait être perçu comme étant irréaliste, ce n'est plus le cas dans une société accro à You Tube, Facebook et compagnie. De plus, contrairement à un film comme The Blair Witch Project qui utilisait cette technique pour contourner le manque de budget, Cloverfield est loin de manquer de ressources. Bien que tourné par une "caméra amateur", le film a un visuel très professionnel dans les circonstances. C'est certain que la caméra est instable, mais la réalisation est planifiée et très maîtrisée, ce qui donne droit à plusieurs plans impressionnants.

Pour répondre à la question que tout le monde se pose, oui, il y a bel et bien un monstre dans Cloverfield et tout un à part de ça! Celui-ci semble tout droit sorti d'un récit de H.P. Lovecraft. Reeves est très ingénieux dans la façon de le révéler progressivement à l'écran, rendant le visionnement encore plus palpitant. Sa présence à l'écran est limitée, mais c'est tant mieux puisque c'est dans l'appréhension que le film gagne dans sa force. De plus, la créature n'est pas seule, puisqu'elle laisse sur son passage des bibittes s'apparentant à des araignées géantes qui, par leurs attaques sanglantes, procurent les meilleurs moments du film.

Cloverfield est un grand divertissement certes, mais pas un grand film. Il faut avoir à l'idée que le film est un divertissement typiquement hollywoodien et dans cette optique c'est très réussi. Plusieurs décisions narratives sont douteuses et même insultantes, mais le tout est orchestré dans l'unique but de perpétuer le plus de sensations fortes. La trame narrative étant menée par une histoire d'amour, il est certain que le film tourne au quétaine par moments, mais dans l'ensemble Cloverfield est un excellent film de monstres moderne mettant en vedette une palette de personnages très attachants!

La présentation quelque peu expérimentale de Cloverfield en repoussera certainement plusieurs, mais l'oeuvre de Matt Reeves est une expérience à vivre au cinéma qui perdra nécessairement de son impact sur vidéo. À une époque où les sorties cinémas d'envergure nous en offrent rarement pour notre argent, Cloverfield est un must!

  • Dany Champagne

  • The Host (2006)
  • War Of The Worlds (2005)

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