5150 RUE DES ORMES

2009

RÉALISATION: Éric Tessier
SCÉNARIO: Patrick Sénécal
AVEC: Marc-André Grondin, Normand D’Amour, Sonia Vachon, Mylène St-Sauveur et Élodie Larivière

Être professeur de cinéma à l’université, je présenterais 5150 Rue Des Ormes à mes élèves dès la première journée. À la fin, je leur dirais de graver ce film en mémoire au fer chaud, car il présente tous les exemples de choses à ne pas faire!

Après avoir déménagé dans une nouvelle ville pour son cours de cinéma, Yannick tente de découvrir son nouvel environnement. Suite à une méchante débarque en vélo, il se dirige vers la maison des Beaulieu pour appeler un taxi. Là-bas, il sera témoin de quelque chose qu’il aurait mieux fait de ne pas voir. Le paternel Beaulieu le kidnappera donc, ne sachant pas trop quoi faire avec lui, il ne peut le tuer, car il n’est pas un "injuste". S’ensuivra une course folle de péripéties où Yannick tentera de s’enfuir et où le père Beaulieu lui promet de le laisser partir s’il réussit à le battre aux échecs, un jeu auquel il n’a jamais perdu!

Être bitch, je dirais que 5150 Rue Des Ormes semble être la première réalisation d’Éric Tessier. Être réaliste je dirais…toujours la même chose! Le gros défaut du film est son manque flagrant de subtilité. Au début, ce n’est pas trop pire, ça s’endure. Mais plus le film avance, plus on a de plans de contre-plongée pour souligner la supériorité du père Beaulieu, des scènes surréalistes pour démontrer la folie croissante de Yannick, des scènes fuckées pour illustrer le combat d’échec épique entre Yannick et Beaulieu et j’en passe. Autre manque de subtilité est la technique Jigsaw. C'est-à-dire que de temps en temps, afin d’étancher une explication, on nous ressert des images qu’on vient à peine de voir. Par exemple, alors que Beaulieu raconte qu’il n’a jamais perdu une partie d’échec, on nous remonte dans un plan hyper rapide une scène ou Yannick, dix minutes avant, a vu des dizaines de trophées d’échec sur le mur de la cuisine. Pour moi, Éric Tessier, alors qu’il faisait le montage, c’est rendu compte que son film était soporifique. C’est pour ça qu’il nous donne des moments Jigsaw, ça sert de notes si on vient juste de se réveiller. Pourtant, Tessier avait bien relevé le défi de faire un bon film d’horreur intense avec Sur Le Seuil, que j’adore énormément. Mais bon, il semble qu’il a trop voulu faire différent, mais de la façon la plus simpliste du monde.

Mais cela ne s’arrête pas là! Le scénario est tout autant débilitant! Durant la première heure, le scénario se concentre entièrement sur Yannick et ses incessantes tactiques pour s’échapper. Tactiques qui sont du pareil au même d’ailleurs. On dirait presque que chaque scène est copiée/collée sur une page de Word et que le scénariste Patrick Sénécal s’est amusé avec la fonction synonyme pour changer les événements. Yannick court, teste des portes et se fait étouffer par Beaulieu. Yannick titube, essaie d’ouvrir des portes et se fait frapper par la fille de Beaulieu. Yannick essaie d’acheter la petite fille avec des bonbons, comme Elliot avec E.T. mais échoue. Yannick tente de convaincre la femme de Beaulieu en lui lançant des regards cochons, mais échoue.

Peut-être est-ce que c’est parce que je suis blasé, probablement plus parce qu’Éric Tessier à échouer son défi, mais 5150 Rue Des Ormes manque d’un élément vital dans ce genre de film, c'est-à-dire d’intensité. À aucun moment, je ne me sentais tiraillé à l’intérieur ou ai-je eu des sentiments d’empathie envers le personnage. Aucun sursaut, aucune émotion. Même à la fin, lorsqu’un incident majeur et déplaisant se produit, je n’ai eu aucune réaction. Je n’ai pas ri parce que c’était mal fait et je n’ai pas été outragé parce que c’était réussi. Je n’ai eu simplement aucune réaction parce que c’était banal et que je m’en câlissais. Le film n’est qu’une longue suite inintéressante d’événements qui ne sont pas cousus entre elles par de l’intensité. Ils nous sont livrés toute nus, pas de sauce ni d’épices. Même des inutiles et incessants « jump scares », ces bruits plus forts que le reste de la trame sonore à des moments opportuns, auraient été les bienvenues.

De plus, les dialogues ne sont guère mieux. Ils semblent également être un copié/collé, les personnages répétant sans cesse les mêmes imbécilités. Pour complèter le tout, même les acteurs ne semblent pas croire à ce qu’ils disent, ayant de la misère à livrer les dialogues de façon convaincante. C’est extrêmement dommage, car, je dois donner à César ce qui revient à César, le noyau du scénario semble extrêmement intéressant. Je n’ai pas lu le livre de Patrick Sénécal, alors je ne peux pas vraiment parler, mais l’histoire en général semble très intéressante. Même à certains moments, je trouvais que le film allait dans des directions intéressantes et originales. Mais finalement, tout se dirigeait soit dans un cul de sac ou dans une chute décevante.

Lorsque je suis sorti du cinéma, j’ai eu peur, je me demandais si je n’étais pas devenu paranoïaque. 5150 Rue des Ormes est aux jeux d’échecs ce que The Wizard était pour Nintendo, c'est-à-dire une grosse pub de deux heures. Je m’attendais presque à voir à la fin des bandits à cravates sortir d’une porte et maudire le ciel en brandissant le poing en pointant du doigt un schéma qui montre la chute des ventes de leurs jeux d’échecs. Bon, j’exagère un peu, mais c’est vraiment ce que j’ai ressenti vers la fin.

5150 Rue Des Ormes manque cruellement d’originalité et de talent derrière la caméra. C’est un film qui voulait beaucoup, mais qui ne livre pas assez. J'ai bien dû rire du film pendant une bonne demi-heure après le visionnement, ce qui est dommage. Le cinéma de genre québécois, bien que rarissime, réussit parfois à nous surprendre avec ses œuvres. Malheureusement, c’est un cinéma qui n’a pas encore appris à s’adapter au cinéma d’aujourd’hui.

  • Dominic Paulhus

  • • Sur Le Seuil (2003)
    Misery (1990)

     

     
     


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